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La grotte ornée

Cette page a été réalisée grâce au fascicule de Michel Lorblanchet (La grotte ornée des Fieux - Éd. PromoSAF)


Localisation et environnement :

La grotte est située dans le secteur nord du Causse de Gramat à 5 kilomètres environ des falaises du causse dominant la vallée de la Dordogne. La cavité s'ouvre sur le plateau, dans le calcaire bathonien.
Les grottes ornées paléolithiques les plus proches, celles des Merveilles à 9 km au Sud et de Roucadour à 17 km au sud-est sont contemporaines des Fieux.
Devant l'entrée de la grotte des Fieux s'étend un très important habitat stratifié paléolithique, mésolithique et néolithique qui a été fouillé pendant de nombreuses années.

Photographie & dessin de M. Lorblanchet

Description de la cavité :
La grotte est une "cavité cutanée" d'un type courant dans la région : elle se développe parallèlement à la surface du causse à une dizaine de mètres de profondeur. Elle se réduit à une salle unique de forme allongée de trente mètres de longueur et 15 mètres de largeur ; l'accès s'effectue par reptation dans un couloir bas d'une vingtaine de mètres de longueur.
Au débouché du couloir dans la salle, se dresse un grand bloc isolé de 2m x 4m et 2,50m de hauteur, recouvert de stalagmite, qui porte un enchevêtrement de figures gravées tandis qu'un petit ensemble de peintures est visible sur la paroi gauche. De petites ponctuations sont disséminées dans l'ensemble de la salle.
Tous les décors sont placés dans l'obscurité totale, les premiers tracés se trouvant à 30 m de l'entrée.
Bloc central :
Sur ce bloc stalagmitique occupant le centre de la salle, nos relevés ont fait apparaître une série de figures finement gravées par des incisions à section en V superposées aux cupules, au bouquetin et à l'animal incomplet à traits profonds formés d'un alignement de cupules, qui seuls avaient été précédemment décrits.
Ces nouvelles figurations comprennent deux mammouths, une ligne dorsale de cheval, un signe en comète et un signe tectiforme. Nous avons aussi décelé sur la même surface les vestiges estompés de deux mains négatives rouges inédites. Le bloc central est donc un ensemble complexe.
Chronologiquement les figures se répartissent en trois phases :
Phase des cupules : l'avant-train d'un bouquetin à contour profondément gravé par une série de cupules jointives complète une forme rocheuse naturelle. Le bouquetin dont les deux cornes sont bien visibles (mais non l'oreille) est associé à des cupules dispersées sur toute la surface.
Phase des mains négatives : les traces de pigment rouge, vestiges de deux mains négatives, pénètrent jusque dans le fond des rainures du bouquetin. Ces mains ont été presque effacées parce qu'elles étaient exposées aux frottements sur le massif au centre de la cavité.
Phase des gravures fines linéaires : l'ensemble des animaux et des signes gravés finement recouvre et recoupe les motifs précédents. D'autre part nous avons observé que les utilisations successives de ce massif isolé étendues sur une longue période ont donné lieu à des interprétations différentes des volumes de la roche. La forme naturelle du bloc se détachant de l'obscurité environnante évoque irrésistiblement un corps d'animal. A une époque très ancienne il a été complété une première fois par une gravure piquetée large de type archaïque et transformé en bouquetin. A une date ultérieure il a été repris en gravure fine et hachures et transformé en mammouth. La même forme rocheuse a donc suscité des images différentes à des moments différents. Dans l'art paléolithique, la vocation formelle des volumes pariétaux ne constitue donc pas un déterminisme aveugle.



Bloc central - Bouquetin gravé (Cliché M. Lorblanchet)
 


Mains négatives :

L'utilisation d'un éclairage adéquat a permis de doubler le nombre de ponctuations recensées. Au total nous avons répertorié et relevé 124 ponctuations en majorité rouges et 5 bâtonnets rouges. 5 nouvelles empreintes de mains négatives (4 rouges et 1 noire) ont également été découvertes. Elles se situent à proximité de celles précédemment signalées, c'est à dire sur la voûte basse à l'entrée, à gauche. Toutes, très estompées, ne sont plus aujourd'hui que de simples auréoles diffuses où l'on devine parfois l'image des doigts. Une d'elles recouverte de calcite est placée sur la paroi gauche derrière le bloc central. Ces nouvelles mains s'ajoutent aux vestiges des deux mains rouges du bloc central. Les Fieux possèdent donc au total 13 mains négatives, ce qui place ce sanctuaire devant Pech Merle et Roucadour qui en possède une douzaine.


Mains négatives des Fieux (Cliché M. Lorblanchet)


Contexte archéologique :

Plus d'une vingtaine de silex taillés ont été découverts dans la grotte autour du massif de concrétion portant le panneau principal, donc à proximité des gravures. L'abbé Glory mentionne « un grattoir à museau » et un "burin multiple" qui offrent d'après lui "une facture très aurignacienne". MM. Nougier et Barrière signalent "une forte lame de silex à extrémité esquillée d'usage qui pourrait bien être l'instrument du piquetage". Un examen de la quinzaine de pièces trouvées par M. Caminade et déposées au musée de Cabrerets montre que la majorité est probablement sauveterrienne. Il s'agit d'éclats parfois retouchés, de racloir, de burins sur troncature et sur lame à crête. Cependant F. Champagne se fondant sur la matière première utilisée pensais que deux de ces pièces sont à rapprocher de l'Épipérigordien des Fieux, couche E.
Une date de 7110 BC +-110 a été obtenue sur des charbons de l'entrée de la salle pris dans un plancher staglagmitique et recueillis par F. Champagne ; la fréquentation de la grotte par les Mésolithiques est évidente. Quelques charbons sauvetteriens des niveaux de l'entrée ont également pu être entraînés dans la salle ornée par les ruissellements.
Par ailleurs, au centre de la galerie, des pendeloques de calcite, brisées anciennement, sont interprétées comme un "lithophone" par A. Glory.
Le grand gisement fouillé par F. Champagne devant l'entrée a notamment fourni dans un épais limon un niveau d'Aurignacien typique, un autre de Périgordien supérieur et un ensemble de tradition périgordienne, mais la relation avec les décors et les trouvailles de la grotte est difficile à établir. La fouille a montré en outre que la topographie de la cavité, en particulier le niveau du sol de l'entrée, avait assez peu évolué depuis le Paléolithique supérieur.
M. J. Jaubert nous ayant signalé l'existence d'une esquille osseuse dans une fissure de la paroi gauche de la salle, un nouvel examen systématique des parois en 1997 n'a révélé aucun autre élément osseux. Par contre nous avons constaté que l'esquille de 2,3 cm de longueur et 1,4 cm de largeur avait été placée intentionnellement dans la fissure et qu'elle est vraisemblablement en relation avec les quatre mains négatives rouges et noires au voisinage desquelles elle se trouvait. Nous avons prélevé le vestige pour une datation au radiocarbone. Des comparaisons avec les esquilles osseuses insérées dans les fissures prés des mains négatives de Gargas (Htes Pyrénées) sont à envisager.
Sur le même panneau a été effectué un prélèvement de pigment sur la main noire avec l'espoir d'obtenir deux dates au radiocarbone, la première sur la main, la seconde sur l'esquille osseuse à proximité.
En 1998 H. Valladas (Laboratoire CNRS de Gif-sur-Yvette) nous informait malheureusement que le fragment osseux ne contenait pas assez de collagène pour une datation et que le pigment noir de la main était dépourvu de matière organique, il était constitué d'oxyde de manganèse... Tout espoir de datation directe des œuvres des Fieux s'évanouissait !



Réutilisations successives du bloc central (Dessin NL).


Une palette de peintre :

Sous le panneau principal de mains négatives, au pied de la paroi ornée nous avons découvert une palette en micaschiste longue de 142 mm et large 95mm (galet plat de la Dordogne) portant une cupule polie maculée d'ocre rouge. Son extrémité naturellement rétrécie facilite la préhension, Elle gisait sur le sol paléolithique à quatre centimètres sous un dépôt superficiel. Le sol paléolithique est donc proche de la surface actuelle. Elle se trouvait à l'aplomb du panneau de mains négatives, au dessous d'une main rouge pâle. La face active avec sa cupule était tournée vers le sol.



                 


Notre étude (Il 981-1982 et 1997) s'est achevée par l'inventaire général des motifs pariétaux et le relevé complet de l'ensemble.
Animaux : 1 bouquetin à trait piqueté, 2 mammouths gravés, un profil dorsal gravé de cheval, 1 animal piqueté indéterminé (cheval ?).
Mains : 13 (11 rouges et 2 noires).
Signes : 135 cupules, 120 ponctuations digitales rouges, 2 petites ponctuations noires et 2 grosses ponctuations noires, 5 bâtonnets rouges, 1 signe en comète gravé et un tectiforme gravé.
Soit, 5 animaux, 13 mains et 266 signes un tel inventaire est conforme à la structure habituelle des grottes archaïques du Quercy marquée par la prédominance des signes élémentaires punctiformes (point peints ou cupules) et l'association des mains négatives et des points.

Arguments de datation :
L'absence de datation directe des pigments conduit à rechercher des indices de datation dans les caractères techniques et stylistiques des œuvres elles-mêmes. La technique de la gravure par piquetage du bouquetin des Fieux est exceptionnelle dans l'art pariétal ; le capridé gravé-piqueté sur bloc de Belcayre (et quelques blocs piquetés de l'abri Cellier en Dordogne) ont été datés avec certitude par leur contexte archéologique de l'Aurignacien typique. Une contemporanéité des premières gravures par piquetage des Fieux avec l'art gravé Aurignacien de la vallée de la Vézère peut être envisagée.
Les mains négatives ont été datées au Gravettien dans les grottes de Gargas, Cosquer, à l'abri Labattut et même à l'abri du Poisson (Dordogne).
L'association des mains négatives et des ponctuations digitales se voit en Quercy à Pech Merle, Les Merveilles, Roucadour, Frayssinet le Gélat (Lot). Les ponctuations des Fieux sont identiques également à celles de Cougnac.
L'ensemble des Fieux, comme tous ces autres sites, appartient donc à la phase archaïque de l'art pariétal quercinois datant à ses débuts des environs de 25 000 à 30 000 ans. Les mammouths gravés par incisons fines par dessus les traits piquetés et les mains négatives sont sans doute plus récents.



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